Ma transition écologique textile

22 avril 2022

Non, je ne suis pas née dans un environnement propice à l’écologie. Personne ne m’a inculqué ces valeurs à l’enfance. Non, je ne l’ai pas appris à l’école. Non, je n’ai pas commencé à mieux consommer pour adhérer à la récente tendance. Tout ça est né au fur et à mesure et a pris du temps. C’est un apprentissage personnel fait de vécu, de rencontres et d’expériences. En 13 ans, je suis passée de consommatrice aveugle et inconsciente à consommatrice informée et responsable. Voici comment j’ai ouvert les yeux peu à peu.

 

Mes premiers pas dans la mode

Ça a commencé en 2008. J’ai travaillé pendant 6 ans dans la mode auprès des marques de luxe et du haut-de-gamme les plus géniales. On était tous animés par le désir fou de créer, d’innover et de surprendre. Chaque collection était un nouveau défi créatif, et on produisait des kilomètres de fringues sans réfléchir, sans limite sinon celle du budget imposé par l’entreprise.

Puis un jour, au beau milieu de cette euphorie créative, j’ai commencé à avoir certaines interrogations sur notre manière de faire…

Ça a commencé lorsque j’ai réalisé qu’on faisait environ 300 prototypes pour une collection finale de 50 pièces. Tous ces vêtements, tout ce tissu, ensuite mis à la poubelle. Et surtout, toute cette énergie engagée, que ce soit de notre côté au studio les stylistes, mais aussi les fabricants qui ont travaillé sur ces vêtements. Et si on avait mieux réfléchi à nos produits avant de lancer ces 300 essais?

Un jour, j’ai été envoyée en Ukraine pour récupérer une robe de défilé. Avion aller-retour dans la journée. Pour une robe. Des amis dans d’autres entreprises étaient parfois envoyés jusqu’en Chine pour récupérer un vêtement en aller-retour, sans même sortir de l’aéroport.

Et puis il y avait les soldes, les braderies et les ventes privées à répétition. Ces lieux où on nous fait croire qu’on est privilégiés alors qu’en fait, on nous refile tous les rebuts de collection. Ces produits de luxe vendus une fortune en boutique, et là, quelques mois plus tard, pendus sur des portants ou entassés dans des bacs “tout à 20€”…encore une fois, et si on avait mieux réfléchi les collections? Et quelle est finalement la vraie valeur de ces vêtements? 

 

Mes voyages

J’ai finalement quitté ma carrière de styliste, trop déçue de la réalité du milieu, et j’ai enchaîné avec un tour du monde de 2 ans. Mes voyages m’ont ouvert à la réalité de notre planète: partout où je suis allée, il y avait des déchets, jusque dans les terres les plus sauvages. En Australie, dans le désert où seulement quelques poignées de personnes vivent. En Amazonie, au beau milieu de la jungle. Sur les côtes sauvages du Pacifique, Atlantique, Méditerranée…partout.

Un jour j’étais au Viêt-Nam au restaurant, face à une jolie plage. La plage était divisée en deux: une partie avec de l’eau claire, une autre partie avec de l’eau souillée de déchets en tous genres: textile, plastique, polystyrène…et au milieu, il y avait un employé qui poussait avec un bâton les déchets en dehors de l’espace visible depuis le restaurant…c’est quand même plus joli pour les touristes. Je regrette encore d’avoir succombé moi aussi ce jour-là à ne prendre en photo que cette jolie partie de la plage. J’ai clairement occulté l’autre partie polluée pour ma photo. Mais dans ma tête, c’est bien resté.

 

Mon expérience en tant que consommatrice de vêtements

Avant, je m’habillais de fringues que j’achetais juste parce qu’elles étaient jolies et pas chères. Plus j’en avais et plus j’étais contente. Mes samedis après-midi étaient consacrés au shopping. Mais souvent, je me sentais frustrée devant mon placard débordant de fringues en me disant “j’ai rien à me mettre”. La plupart de mes vêtements étaient devenus défraîchis, abîmés au bout de seulement quelques lavages..Je me revois alors remplir des sacs plastiques de vêtements, filer en bonne conscience à la benne Relais la plus proche, sans pouvoir y mettre mon sac tellement elle était déjà trop remplie. Parfois même, lorsqu’elle débordait trop, les gens laissaient les sacs au pied de la benne, et tout s’entassait là…

Puis à côté de ça, il y avait ma grand-mère. Cette femme d’une génération ancienne où les gens allaient faire leurs vêtements chez une couturière. Elle était toujours tellement bien habillée, avec des vêtements vieux de 40ans qui paraissaient encore neufs. Elle se plaisait à me raconter l’histoire de certains de ses vêtements, qui l’avait fait, pour quelle occasion. Parfois elle me transmettait un de ses vêtements et j’étais surprise de constater que moi aussi, plus jeune de 60 ans, je pouvais porter ses vêtements de jeune fille. 

Enfin, grâce à mes nombreux voyages, j’ai appris à vivre avec peu de vêtements. Au début, c’était réellement la crise, mais ensuite, ça a été une sorte de libération. J’ai compris que j’avais besoin de peu de choses pour vivre et pour être heureuse: des vêtements basiques et pratiques pour vivre au quotidien, et quelques vêtements plaisir pour me sentir belle.
Et comme j’avais besoin de moins, j’ai pu dépenser un peu dans des vêtements de qualité.

C’est ainsi que j’ai compris que “consommer moins mais mieux” n’est pas une question de salaire. C’est avant tout remettre en question la nécessité de ce qu’on achète. Un vêtement que je trouve beau, acheté en toute conscience, assez qualitatif pour durer longtemps, dont je pourrai raconter l’histoire. Voilà comment j’essaie de consommer aujourd’hui. 

 

 

 

 

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